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Didier ARNAUDET, Art critic, for the Catalogue of Julia PALLONE, Artist in residency at Pollen, Monflanquin, France, 2006.Version Francaise

Helen FALCONER, Writer, for the Exhibition "Half Asleep", Ballina Arts Centre, Ballina, Ireland, 2009. Version Francaise

Stephanie BARBON, Curator, for the exhibition "A la Surface de l'eau", parcours d'art contemporain de Fontenay-le-Comte, France, 2007. Version Francaise


 Didier ARNAUDET, Art critic, for the Catalogue of Julia PALLONE, Artist in residency at Pollen, Monflanquin, France, 2006.

Should a winged horse fly by within your reach, made of the stuff that makes our walls alive, do not hesitate to ask him a few questions . Does he dream of us, and if he does, would he like to share a few of our privileges? Are we also for him subject matter for a fable ? If your horse likes talking, listen to him carefully, for he is an animal of wisdom.

We know nothing about the "top" or the "bottom". We'd better be careful with that scale , caught in a web of echoes : let us remember the story of the young girl who lost the crooked bone Venus had given her and, after hesitating a moment, cut her little finger and used it as a key to the glass castle.

You have met me under the guise of a deer, skinned for seeing a bathing Goddess in all her Glory, of a dragon providing beneficial rains, or of a drop of blood shed by a wild goose on the snow,

or flower and phallus both, a red and white palette, and of a horn disembowelling a hound.

You might meet me as a tree, growing from one story to the next, leaving my seeds in the womb of the women asleep in my shade.

I can smell your perfume, a mix of freshly-mown hay and of a moony maid. I can see at a glance the dignity of your melancholy. Your sweet eyes from a distance drive me crazy. But if I let my mind wander, it is the white and warm skin of your belly that I see in my dreams. The bird watching over you is trying to protect you from the realm of passion. Like him, I can do away with poisons, filter humours, neutralize wickedness and recognize the fangs hidden in the fur. But I know nothing yet of the eyes of your assassin.

Beside their fabulous powers, symbolical and cosmic, things, plants and animals, from the simplest to the most elaborate, often have a function that may seem prosaic but is nevertheless of importance : a number of their organs, fluids, leaves and roots, are absorbed for therapeutical purposes, and are ingredients in mixtures of practical use. We must be careful for we often deal with real substances which are granted supernatural origins by tradition. Besides, a same word can apply to different substances, which can make them difficult to identify.

West of the Mount of Promises lies a lake that spreads over hundreds of kilometers. In that lake, one can find six-legged and four-eyed turtles that increase their life span  thanks to breathing exercises. On their backs is the drawing of the constellation of the seven secrets. On their bellies is the picture of the five mountains and of the four rivers. They sometimes appear on the rocks : when you look at them they sparkle like a handful of stars.

You know, there are monstrous turtles that look like islands. Their shell is covered with trees and shrubs ; if you are bold enough to wander on such treacherous ground, you may lose your life when they sink into the waters.

The horse is born from the ocean's mist : he paws the ground with its hoof and the foam surges up.He doesn't belong to the earth, or only flutteringly. His first exploit, when he was born, was to fly away towards the shores of powerlessness and darkness, to bring the gentle fertilizing dew that he offered to the first seed he met. Where did he find it? In the gold of sunset ? In the breast of a virgin maid? Nobody knows.

There are seasonal mutations as the years go by,  beings gradually change and their appearance is more or less altered.. A thousand-year-old rabbit loses its ears to grow horns, an old carp turns into a hunter who , in order to find protection from the witch's tricks, loads his gun with rubies, emeralds and sapphires., and a prince – having to spend the night in the forest- finds himself with the faculty of the lion to smell the lioness's infidelity . We could add more examples : any being is likely to turn into something else, given certain circumstances, and can even go from one reign to another.

You want to protect yourself from your fragility, but at some point, you will be bitten. Your body slightly moves, a bit out of time, or backwards, or sideways. The fable has its own geography,  its own space. It makes you think that in the midst of appearances, there is a gap, a void, a tiny something that echoes with what, within you, for yourself, remains an enigma.

Didier ARNAUDET, Critique d'art et artiste, pour le Catalogue de Julia PALLONE, Artiste en residence, Monflanquin, France, 2006.

Pour peu que passe à votre portée de voix un cheval ailé de la matière même qui vivifie nos murs, profitez-en pour le questionner. Est-ce qu’il rêve de nous et s’il en rêve, est-ce qu’il souhaite acquérir quelques uns de nos privilèges ? Est-ce que nous lui sommes aussi occasion de fable ? Si votre cheval est loquace, écoutez-le avec attention car il a la sagesse en lui.

On ne sait rien ni du haut ni du bas. Il faut sûrement se méfier de cette échelle impliquée dans un singulier réseau d’échos et se rappeler cette histoire de la jeune fille qui perd l’os crochu que lui a donné Vénus et, après une courte hésitation, se tranche le petit doigt et l’utilise en guise de clé pour ouvrir le château de verre.

Vous m’avez connu cerf dépecé pour avoir vu dans toute sa beauté une déesse qui se baignait ; ou bien dragon générateur de pluies bienfaisantes ; ou même goutte de sang d’une oie sauvage coulée sur la neige ; ou encore tout à la fois fleur et phallus, palette blanche et rouge, et corne qui éviscère le chien de chasse. Vous me retrouvez peut-être arbre, se développant d’une intrigue à l’autre, qui ensemence les femmes s’assoupissant un instant sous mes branches.

Je sens d’ici votre parfum de blé coupé de jeune fille nuageuse. Je vois d’ici d’un seul coup d’œil la dignité de votre mélancolie. Votre doux regard, de loin m’affole. Mais si je laisse un peu ma pensée s’égarer, c’est à la blanche et chaude peau de votre ventre que je rêve. L’oiseau qui veille sur vous essaie de vous préserver du champ où la passion s’exerce. Comme lui, je sais écarter les poisons, filtrer les humeurs, neutraliser les malices et reconnaître sous la fourrure les crocs. Mais je ne sais encore rien du regard de votre assassin.

En plus de leurs pouvoirs fabuleux, symboliques ou cosmiques, les choses, les plantes et les animaux, des plus simples ou plus extraordinaires, ont souvent une fonction qui peut paraître prosaïque, mais qui n’en est pas moins importante : bon nombre de leurs organes, fluides, matières, feuilles et racines sont absorbés à des fins thérapeutiques et entrent dans la composition de certains mélanges d’utilité pratique. Il convient, bien sûr, d’être très prudent, car il s’agit souvent de substances réelles auxquelles la tradition attribue des origines merveilleuses. De plus, une même appellation peut désigner des substances différentes, ce qui rend leur identification malaisée.

A l’Ouest du mont des promesses, il y a un lac qui s’étend sur des centaines de kilomètres. Dans ce lac se trouvent des tortues à six pattes et quatre yeux qui prolongent leur longévité en se livrant à certaines pratiques respiratoires. Sur leur dos, elles portent le dessin des constellations des sept secrets. Sur leur ventre figure l’image des cinq montagnes et des quatre fleuves. Elles apparaissent parfois sur les rochers ; quand on les regarde, alors elles scintillent comme une poignée d’étoiles.

Vous savez, il existe des tortues monstrueuses pareilles à des îles. Leur carapace est couverte d’arbres et de végétations. Les imprudents qui s’aventurent sur ce sol trompeur risquent de perdre la vie lorsqu’elles s’enfoncent dans les eaux.

Le cheval qui, en frappant le sol du sabot, fait jaillir l’écume de n’importe quel écran, est issu des brumes marines. Il n’appartient à la terre que de manière accidentelle et passagère. Son premier exploit, lorsqu’il naquit, fut de s’envoler vers les rivages des impuissances et des obscurités, pour y apporter la rosée fécondante et bienveillante, dont il fit présent à la première graine venue. Où l’avait-il trouvé ? Dans l’or du couchant ? Dans le sein d’une vierge ? On ne sait.

Il existe des processus de mutation saisonniers : au fil des années un être change graduellement et son aspect subit des modifications plus ou moins importantes. Un lapin de mille ans perd ses oreilles et acquiert des cornes, une vielle carpe devient un chasseur qui, pour se protéger des tours de la sorcière, charge son fusil de rubis, d’émeraudes et de saphirs et un prince, obligé de passer une nuit dans la forêt, se retrouve doté de la faculté du lion de reconnaître à l’odeur l’infidélité de la lionne. On pourrait multiplier les exemples ; tout être est susceptible de se transformer dans certaines conditions et même de passer d’un règne à l’autre.

Vous vous protégez de votre fragilité mais un passage vous impose sa morsure. Votre corps se décale de lui-même, un peu hors du temps, un peu en arrière ou un peu à côté. La fable a sa géographie, c’est-à-dire de l’espace. Elle vous donne à croire qu’un creux, un vide ou un rien existe parmi les apparences et vous renvoie à ce qui en vous, pour vous-même, reste une énigme.



Helen FALCONER, Writer, for the Exhibition "Half Asleep", Ballina Arts Centre, Ballina, Ireland, 2009. Text published in the Newspaper Wester People, WP extra, June 16 2009.

Dreams for sleepy heads.

There’s a charming blue-painted child s cot in the centre of the floor…and although it is empty, it is full of dreams. The shadow it throws is made of gold, and golden flowers burst glittering from its bars. In another corner, a ladder of fragile bones climbs to the roof. Elsewhere, coloured beads hang in clusters, casting a shadowed instruction on the wall – close your eyes. These are the dreams of Julia Pallone, a young French artist resident in Cork, whose exhibiton « half Asleep »- an exploration of the boundaries between sleep and wakefulness – is currently showing in Ballina Arts Centre. It is an exhibit of dreams, but Julia’s dreams are not dark, montrous things, rattling the bars of a Freudian subconscious. Rather, they are the sort of fragile, charming dreams that arise when the early sun comes into the room, and the birds are on the roof, and a bee is banging its head against the glass. In her drawings of sleepers tossing beneath their duvets (their bed clothes sprouting humorous images) Julia celebrates a central beauty of human existence – that we can occupy more than one world simultaneously, and cross  vast tracts of time and space without even getting out of bed.

Helen FALCONER, Writer, for the Exhibition "Half Asleep", Ballina Arts Centre, Ballina, Ireland, 2009. Text published in the Newspaper Wester People, WP extra, June 16 2009.

Rêves pour dormeurs éveillés

Au milieu de la pièce se trouve un charmant petit berceau, peint en bleu turquoise…et bien qu’il soit vide, il est plein de rêves…L’ombre qu’il projette est faite d’or, et des fleurs dorées éclosent scintillantes de ses barreaux. Dans un autre angle de la pièce, une échelle faite d’os fragiles grimpe jusqu’au plafond. Ailleurs, des perles colorées sont suspendues par grappes et impriment sur le mur l'ombre d'une instruction : -fermez les yeux. Ce sont les rêves de Julia Pallone, une jeune artiste Française vivant a Cork dont l‘exposition « Half Asleep » - une exploration des limites entre la veille et le sommeil- est en ce moment au Centre d’art de Ballina. C’est une présentation de rêves, mais les rêves de Julia ne sont pas sombres, ou des choses monstrueuses secouant les barreaux d’un subconscient Freudien. Ce sont plutot de ces rêves charmants et fragiles qui apparaissent quand le premier soleil penètre dans la chambre, que les oiseaux sont sur le toit, et qu’une abeille se cogne contre la vitre…Dans ses dessins de dormeurs emmêlés dans leurs couettes (ou des images pleines d'humour « germent » des draps), Julia célèbre une beauté essentielle de l’existence humaine – que nous pouvons occuper plus d’un monde simultanément, et traverser  de vastes plages de temps et d ‘espace sans même sortir du lit.



Stephanie Barbon, Curator, for the exhibition "A la Surface de l'eau", parcours d'art contemporain de Fontenay-le-Comte, France.

Le travail de Julia Pallone, artiste qui fut en résidence à la Maison Chevolleau en 2003, se situe dans plusieurs domaines (dessins, installations, constructions ou performances), et développe une vision poétique du monde, empreinte de fragilité. Elle procède par analogie, ressemblance ou évocation d’idées. En s’inspirant de rêves et de mythologies, d’histoires et de géographies,  elle crée des images où les mondes végétal, animal et humain se mêlent ; où les univers se pénètrent, précaire tentative d’investir un lieu, voire de le traverser. Son travail s’oriente vers la notion d’excroissance, du corps et de ses possibles transformations. Les images de Julia Pallone matérialisent souvent une « transition », un « passage » d’un état à un autre, d’une croyance à une autre... lieu ou quelque chose peut poindre ou un renversement advenir.

Le triptyque photographique présenté sur la façade du bâtiment des Bains s’intitule « Je voulais qu’en ouvrant la bouche elle fasse un arc-en-ciel ». Cette série d’images montre un modèle nu, physiquement absorbé par un fond coloré. Les images sont ambiguës ; il n’y a cependant pas  d’effets spéciaux, il s’agit juste d’encres colorées se dissolvant dans l’eau. Ce triptyque peut être interprété de différentes façons : il peut faire référence à l’idée du fond et de la forme, à l’idée de noyade, de disparition, et même de suicide. Il peut aussi se référer  à des images de l’Histoire de l’Art, de la peinture de la Renaissance Italienne, à l’Histoire du Nu, ou encore aux icônes de l’Art Religieux.


 

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